Formation académique

Dimension académique

L’institut développe une formation académique à travers une équipe d’une dizaine de professeurs ayant un niveau de doctorat, un parcours de trois ans basé sur l’acquisition d’environ 60 crédits académiques annuels soit de 15 à 18h de cours/semaine, une vision globale de transmission de savoirs basée sur les arts libéraux. Le diplôme octroyé s’intitule Bachelor « Théologie et Arts libéraux  » permettant l’acquisition du Bachelor de philosophie de l’université Kaslik

Les arts libéraux

Au sens strict du terme « seuls sont appelés les arts libéraux les arts ordonnés au savoir : les arts ordonnés en vue d’une utilité devant être acquise par l’activité sont appelés serviles » (1). Pieper présente ainsi la position de Thomas : « Les arts libéraux sont des formes d’activité qui portent leur sens en elles-mêmes, et les arts serviles des formes d’activités qui poursuivent un but placé en dehors d’elles, une fin utile réalisée par une praxis » (2).
L’étude de la grammaire relève ainsi par excellence d’un art libéral car elle vise avant tout à former une intelligence rigoureuse alors que l’apprentissage d’un métier d’ingénieur relève d’un savoir qui trouve sa fin dans l’objet pratique à réaliser. Le titre du Bachelor s’appelle « Théologie et arts libéraux » au sens où la connaissance donnée, la formation entreprise se fondent sur la connaissance théologique et ont pour but principal de disposer l’étudiant à glorifier toujours plus son créateur et sauveur.

Les objectifs académiques de la formation

Dans les objectifs que nous donnons à la formation académique se trouve la motivation qui pousse l’institut Alliance Plantatio à développer un bachelor « théologie et arts libéraux ». Il s’agit essentiellement de transmettre une connaissance substantielle des grands domaines du savoir dans une perspective d’unité offerte par la théologie, de former l’intelligence de l’étudiant au sens de la vérité, de faire grandir en lui l’esprit d’émerveillement et de louange à travers les disciplines enseignées, de faire le lien entre l’éducation libérale qu’il reçoit et la place qu’il peut prendre dans le dessein de Dieu de salut. Ces quatre grands objectifs répondent à quatre grands défis de la crise de l’éducation actuelle : l’éclatement des savoirs qui ne permet pas un « élargissement de l’esprit » autour d’un fondement théologique et qui dispose à se laisser conditionner par le jugement parfois trop hâtif de spécialistes, le relativisme, des savoirs parfois desséchants car coupés de leurs fondements théologiques, un savoir qui n’est pas relié à la mission de l’Eglise de faire des témoins pour ce monde.

Ces objectifs académiques contribuent de manière organique à soutenir les objectifs de la formation intégrale de l’institut : formation à la vie spirituelle, humaine, intellectuelle et missionnaire que l’on cherche à développer dans l’institut.

Une théologie de la création au fondement de tous les savoirs

Dans son livre, le loisir fondement de la culture, Pieper, théologien et philosophe allemand célèbre exprime que c’est la fête, la joie de la célébration qui doit être au cœur de la formation dans les arts libéraux. En effet, c’est en elle, que se résument les trois dimensions de l’académie. Tout d’abord, la fête est laisser-faire et réceptivité, deuxièmement elle comporte une dimension de joie et d’aisance, troisièmement elle libère de la recherche de la fonction sociale. Elle « tire sa raison d’être d’un consentement accordé au monde, d’un accord au monde qui en elle est vécu et célébré de manière extra-quotidienne » (3). Or ajoute-t-il « La plus haute forme d’accord, le consentement le plus intense, s’exprime à travers la louange, précisément à travers la glorification du créateur de ce monde » (4). Pour Pieper, c’est donc le culte rendu à Dieu qui constitue le fondement de la formation dans les arts libéraux. Pour nous chrétiens, le culte trouve son fondement dans l’exposé théologique du mystère du salut. Or l’exposé théologique à même de susciter la louange la plus grande et qui serait en mesure d’inclure les grands champs du savoir ne pourrait pas se passer d’une théologie de la création fondée sur le mystère du Verbe créateur et incarné. En effet, c’est dans le mystère de Dieu, perçu comme Verbe éternel et créateur que l’on peut comprendre au mieux les réalités visibles de la connaissance dans leurs fondements ultimes : la préexistence éternelle de leurs modèles exemplaires dans le Verbe. C’est dans le mystère du Verbe incarné que l’on peut comprendre le sens même de la connaissance comme étant ordonné à la sanctification et au salut.

Dans notre perspective de réconciliation entre le monde de la connaissance visible et le mystère du Verbe qui a tout pensé avec sagesse, sept grands axes de la connaissance peuvent être vus comme des lieux où les logoï, des pensées divines pleines de sagesse du Verbe se manifestent particulièrement. L’avantage du terme grec pluriel logoï, traduisant le mot paroles ( logos = parole en grec) permet de faire voir que la connaissance, qui est parole, s’enracine directement dans le mystère du Verbe éternel.

Ainsi, chaque année, chacun de ces grands domaines de la connaissance sera exploré dans ses principes les plus connus mais aussi dans une perspective de recherche des logoï qui les irriguent, dans le but de relier la connaissance à une attitude de disponibilité à l’émerveillement et à la louange. ( chacun recevant environ 10 crédits académiques, soit près de 80 heures de cours annuels ). En parlant de ces grands axes comme des paroles, on signifie qu’ils contiennent des logoï à découvrir tout en étant imprégnés de paroles humaines qui nécessairement les décrivent à leurs niveaux. L’avantage du mot parole pour désigner ces domaines permet aussi de montrer qu’ils sont orientés par eux même par une dynamique de recherche de la vérité ( idée centrale d’Heidegger )

Pour nous, enseigner c’est ultimement, être en mesure de révéler à des étudiants certaines pensées divines (logoï) se manifestant dans le visible et s’en émerveiller avec eux.

1. Thomas d’aquin, sententia super metaphysicam, 1,3, cité par Pieper, le loisir fondement de la culture, Ad Solem, p 36. 2. PIEPER, Ibid, p 37. 3. PIEPER, Ibid, p 63. 4. Ibid.

7 Axes d’exploration des logoï :

Le premier axe est celui de la « parole de Dieu ». Elle permet d’aimer le Christ, centre de l’Écriture, qui s’est Lui-même présenté comme la Vérité. En connaissant de plus en plus les Écritures, aidée par un cadre spirituel qui favorise un lien personnel avec Lui de chaque instant, l’intelligence de l’étudiant se purifie, s’affine dans l’amour de la Vérité jusqu’à voir de plus en plus le monde comme Dieu le voit. Par ailleurs, la parole de Dieu constitue la théologie, reine du savoir, qui doit apparaître pour l’étudiant comme le cadre de référence de toute sa formation dans les « arts libéraux ». C’est la théologie de la création qui constituera le fondement de cet axe de formation lui donnant d’inscrire dans son cœur le dessein bienveillant du Père de sanctifier tous les hommes en Lui.

Le second axe est celui de la « parole de la création ». Ce monde qui nous entoure est plein de « logoï », de structures d’intelligibilité qui réjouissent le cœur de l’homme et lui indiquent la présence d’un Dieu tout-puissant et bon. La philosophie de la nature pourra particulièrement trouver sa place dans une telle perspective. On cherchera à comprendre comment les réalités crées sont particulièrement des paroles en tant qu’elles reflètent des idées divines selon la théorie médiévale de l’exemplarisme. On apprendra également à faire le lien entre la création et la philosophie de l’être grâce à une métaphysique de la création. La dispensation de cet axe permettra d’acquérir les bases pour une culture de l’émerveillement face à la création.

Le troisième axe est celui de la « parole du langage ». Quelles sont les structures d’intelligibilité présentes dans le langage ? En quoi le langage montre-t-il une transcendance ? Quel est le rapport du langage à la vérité ? On donnera les bases pour une exploration des fondements de la grammaire et de la dialectique. L’étudiant est invité à acquérir les bases d’une intelligence sur le langage tel que Dieu le voit.

La louange

« La plus haute forme d’accord, le consentement le plus intense, s’exprime à travers la louange, précisément à travers la glorification du créateur de ce monde » Pieper
Le quatrième axe est celui de la « parole des sciences ». La biologie constituera un champ d’étude propre en tant qu’elle fait le pont entre la « parole de la création », la philosophie et les sciences modernes. Elle ouvre la voie à une réconciliation entre le pourquoi et le comment. L’étude des Mathématiques et de la physico-mathématique permettent particulièrement d’éduquer l’intelligence de l’étudiant au sens du vrai qui la précède. Appliquées parmi d’autres « objets » possibles au vivant et aux objets stellaires, elles contribuent à l’émerveillement de son esprit. Elles mettent en évidence le mystère de l’intelligibilité de la création. L’étudiant est invité à explorer les logoï qui se manifestent particulièrement dans les sciences et à acquérir les bases pour un regard critique sur les sciences grâce à une formation solide en épistémologie.

Le cinquième axe est celui de la « parole de l’histoire ». L’histoire est un lieu de paroles, car elle est constituée de faits interprétés qui soulignent les réussites et les échecs de l’action humaine et rendent présents les leçons qu’on peut en tirer. Elle montre particulièrement que l’homme a besoin d’être sauvé. Elle fait comprendre l’irruption du Christ comme centre de l’histoire qu’Il vient sauver. Elle souligne le rôle historique du peuple d’Israël, de l’Église, des nations dans la grande fresque de la théologie de l’histoire. Cet axe invite particulièrement l’étudiant à aimer l’histoire comme un lieu éducatif et à devenir lui-même engagé dans l’histoire.

Le sixième axe est celui de la « parole des hommes ». Créé à l’image de Dieu, l’homme est capable de réaliser des écrits littéraires qui peuvent nourrir son cœur. Ces écrits approchent de la vérité et sont donc paroles en tant qu’ils peuvent élever son âme et lui permettre de mieux connaître les profondeurs de l’être humain. Comme parole des hommes, l’art et la musique pourront aussi trouver leur place. Par ailleurs, certaines idéologies, prenant l’apparence de « parole des hommes » alors qu’elles ne sont que verbiages humains, pourront être démasquées. Une attention particulière sera donnée à la parole poétique.

Le septième axe est celui de la parole de la prière. Dans l’institut de formation, l’étudiant découvre que la prière est l’accueil d’une parole, celle que Dieu lui adresse dans le secret du cœur. L’étudiant apprend donc à accueillir Dieu lui-même. On peut ainsi parler de parole de la prière en tant qu’elle l’instruit sur le mystère de Dieu et le lui révèle au plus intime. Parce qu’elle est essentiellement accueil du don Dieu, la prière devient nécessairement louange et culte. Par cette prière régulière, vivifié par le Saint-Esprit , l’étudiant apprend à aimer le Vrai et à le rechercher de tout son être. Elle est donc le fondement de sa formation aux arts libéraux. Par elle, Il se met dans une disposition à voir le monde tel que Dieu le voit. Par elle, il apprend à avoir une cohérence de vie et à posséder une vie morale unifiée et saine. Une solide théologie de la création, rappelant le grand projet de sainteté de Dieu sur l’homme, aidera à voir l’importance et l’urgence de la prière. Par la mise en lumière de la création comme don de Dieu, elle favorisera le sens de la louange. Une vie eucharistique, une vie d’oraison et de louange favoriseront la compréhension intérieure de la prière comme la rencontre avec la Parole par excellence, le Verbe de Dieu. La parole de la prière est donc le fondement de la formation dans les Arts libéraux.

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