Les sept Arts Libéraux revisités

Dimension académique

L’institut développe une formation académique à travers une équipe d’une dizaine de professeurs ayant un niveau de doctorat, un parcours de trois ans basé sur l’acquisition d’environ 60 crédits académiques annuels soit de 15 à 18h de cours/semaine, une vision globale de transmission de savoirs basée sur les arts libéraux. Le diplôme octroyé s’intitule Bachelor « Théologie et Arts libéraux  » permettant l’acquisition du Bachelor de philosophie de l’université Kaslik

Les arts libéraux pour un savoir unifié

Les Arts Libéraux tirent leur genèse de l’Antiquité. Les philosophes Grecs les considéraient au-dessus de toutes les autres formes d’arts. Ce corpus d’enseignement se généralise en Europe occidentale au MoyenÂge par l’oeuvre d’Alcuin, bras droit de Charlemagne, qui établit le programme d’enseignement des écoles cathédrales, ancêtres de nos lycées actuels. Divisés à l’origine en deux grandes parties l’art du l’usage du nombre (trivium) – l’art de l’usage du langage (quadrivium), ils permettaient d’asseoir les fondements de ce qu’est l’acte de réflexion.

Dans l’esprit de l’Institut, pratiquer les arts libéraux c’est accueillir l’art divin de la création et acquérir des structures de pensées qui favoriseront l’éveil de l’intelligence et l’unité de la personne humaine. Dans un monde hyper-spécialisé, l’Institut vise à fournir une formation généraliste qui donnera une compréhension véritablement unifiée de la connaissance à partir d’un regard théologique.

En s’ouvrant à la richesse du monde créé vu sous 7 angles, l’étudiant reçoit ainsi une solide base intellectuelle lui permettant de comprendre les fondements de tout type de savoir et qu’il pourra ainsi approfondir en vue de l’enseignement. L’un des plus grands défis de notre société actuelle est le relativisme. Benoît XVI parle de « résignation face à la vérité ». Les arts libéraux constituent une réponse organique à cet oubli du sens de la vérité qui fait perdre en même temps le sens de la vie et de l’engagement. En développant particulièrement l’amour de la vérité pour elle-même, en cultivant une finesse d’esprit, en favorisant un esprit de recherche, ils éduquent à une véritable liberté intérieure

7 Arts pour explorer les pensées divines :

Le premier art est celui de la « parole de Dieu ». Il permet d’aimer le Christ, centre de l’Écriture, qui s’est Lui-même présenté comme la Vérité. En connaissant de plus en plus les Écritures, aidée par un cadre spirituel qui favorise un lien personnel avec Lui de chaque instant, l’intelligence de l’étudiant se purifie, s’affine dans l’amour de la Vérité jusqu’à voir de plus en plus le monde comme Dieu le voit. Par ailleurs, la parole de Dieu constitue la théologie, reine du savoir, qui doit apparaître pour l’étudiant comme le cadre de référence de toute sa formation dans les « arts libéraux ». C’est la théologie de la création qui constituera le fondement de cet axe de formation lui donnant d’inscrire dans son cœur le dessein bienveillant du Père de sanctifier tous les hommes en Lui.

Le second art est celui des créatures . Ce monde qui nous entoure est plein de « logoï », de structures d’intelligibilité qui réjouissent le cœur de l’homme et lui indiquent la présence d’un Dieu tout-puissant et bon. La philosophie de la nature pourra particulièrement trouver sa place dans une telle perspective. On cherchera à comprendre comment les réalités crées sont particulièrement des paroles en tant qu’elles reflètent des idées divines selon la théorie médiévale de l’exemplarisme. On apprendra également à faire le lien entre la création et la philosophie de l’être grâce à une métaphysique de la création. La dispensation de cet axe permettra d’acquérir les bases pour une culture de l’émerveillement face à la création.

 

 

Le troisième art est celui du langage. Quelles sont les structures d’intelligibilité présentes dans le langage ? En quoi le langage montre-t-il une transcendance ? Quel est le rapport du langage à la vérité ? On donnera les bases pour une exploration des fondements de la grammaire et de la dialectique. L’étudiant est invité à acquérir les bases d’une intelligence sur le langage tel que Dieu le voit. La littérature sera également abordée dans ses fondements poétiques et dans la manière dont elle peut être utilisée pour explorer les profondeurs de la vie humaine.

Le quatrième art est celui de la physique. Après avoir vu l’art des créatures, on s’intéressera à la nature du mouvement en tant que tel dans son intelligibilité la plus profonde. Il s’agit de comprendre non seulement comme le mouvement est mathématisable mais ce qu’il signifie. Différents domaines de la physique contemporaine seront aussi abordés en ce qu’ils peuvent exprimer des paroles intelligibles fondatrices du réel mais aussi en tant qu’ils constituent des interprétations du réel à partir de concepts formés par la raison humaine. Cet art permettra également de mieux comprendre comment la modernité s’enracine dans une vision appauvrie de la physico-mathématique

Le cinquième art est celui de l’histoire. L’histoire est un lieu de paroles, car elle est constituée de faits interprétés qui soulignent les réussites et les échecs de l’action humaine et rendent présents les leçons qu’on peut en tirer. Elle montre particulièrement que l’homme a besoin d’être sauvé. Elle fait comprendre l’irruption du Christ comme centre de l’histoire qu’Il vient sauver. Elle souligne le rôle historique du peuple d’Israël, de l’Église, des nations dans la grande fresque de la théologie de l’histoire. Cet axe invite particulièrement l’étudiant à aimer l’histoire comme un lieu éducatif et à devenir lui-même engagé dans l’histoire

Le sixième art est celui de la musique. Il permet non seulement de comprendre les formes musicales fondamentales comme le rythme, le solfège mais s’accomplira dans la pratique du chant et de l’apprentissage d’un instrument de musique. Cet art a toujours été considéré comme l’art libéral par excellence en tant qu’il élève profondément l’âme humaine vers le beau et le vrai. Il culminera dans l’institut dans la pratique de l’art de la louange tant dans ses formes individuelles que liturgiques

Le septième art est celui de la morale. Nous souhaitons revaloriser la morale comme un art libéral dans la mesure ou la pratiquer selon des pensées divines ou la vertu de justice favorisent la vie de l’âme et celle de l’intelligence. Les fondements de la morale seront abordés alors que cette dernière sera essentiellement vue comme ce qui permet à l’homme de se réaliser comme personne humaine. Elle mettra en lumière le dynamisme de la parole de Dieu comme parole portant sa force d’accomplissement dans le bien. Elle culminera dans l’art de la prière comme lieu de la rencontre avec Dieu.

Les objectifs intellectuels de la formation

Dans les objectifs que nous donnons à la formation académique se trouve la motivation qui pousse l’institut Alliance Plantatio à développer un bachelor « théologie et arts libéraux ». Il s’agit essentiellement de transmettre une connaissance substantielle des grands domaines du savoir dans une perspective d’unité offerte par la théologie, de former l’intelligence de l’étudiant au sens de la vérité, de faire grandir en lui l’esprit d’émerveillement et de louange à travers les disciplines enseignées, de faire le lien entre l’éducation libérale qu’il reçoit et la place qu’il peut prendre dans le dessein de Dieu de salut. Ces quatre grands objectifs répondent à quatre grands défis de la crise de l’éducation actuelle : l’éclatement des savoirs qui ne permet pas un « élargissement de l’esprit » autour d’un fondement théologique et qui dispose à se laisser conditionner par le jugement parfois trop hâtif de spécialistes, le relativisme, des savoirs parfois desséchants car coupés de leurs fondements théologiques, un savoir qui n’est pas relié à la mission de l’Eglise de faire des témoins pour ce monde.

Une théologie de la création au fondement de tous les savoirs

Dans son livre, le loisir fondement de la culture, Pieper, théologien et philosophe allemand célèbre exprime que c’est la fête, la joie de la célébration qui doit être au cœur de la formation dans les arts libéraux. En effet, c’est en elle, que se résument les trois dimensions de l’académie. Tout d’abord, la fête est laisser-faire et réceptivité, deuxièmement elle comporte une dimension de joie et d’aisance, troisièmement elle libère de la recherche de la fonction sociale. Elle « tire sa raison d’être d’un consentement accordé au monde, d’un accord au monde qui en elle est vécu et célébré de manière extra-quotidienne » (3). Or ajoute-t-il « La plus haute forme d’accord, le consentement le plus intense, s’exprime à travers la louange, précisément à travers la glorification du créateur de ce monde » (4). Pour Pieper, c’est donc le culte rendu à Dieu qui constitue le fondement de la formation dans les arts libéraux. Pour nous chrétiens, le culte trouve son fondement dans l’exposé théologique du mystère du salut. Or l’exposé théologique à même de susciter la louange la plus grande et qui serait en mesure d’inclure les grands champs du savoir ne pourrait pas se passer d’une théologie de la création fondée sur le mystère du Verbe créateur et incarné. En effet, c’est dans le mystère de Dieu, perçu comme Verbe éternel et créateur que l’on peut comprendre au mieux les réalités visibles de la connaissance dans leurs fondements ultimes : la préexistence éternelle de leurs modèles exemplaires dans le Verbe. C’est dans le mystère du Verbe incarné que l’on peut comprendre le sens même de la connaissance comme étant ordonné à la sanctification et au salut.

Dans notre perspective de réconciliation entre le monde de la connaissance visible et le mystère du Verbe qui a tout pensé avec sagesse, sept grands axes de la connaissance peuvent être vus comme des lieux où les pensées divines pleines de sagesse du Verbe se manifestent particulièrement comme des arts divins.

Pour nous, enseigner c’est ultimement être en mesure de révéler à des étudiants certaines pensées divines se manifestant dans ces arts et s’en émerveiller avec eux.

1. Thomas d’aquin, sententia super metaphysicam, 1,3, cité par Pieper, le loisir fondement de la culture, Ad Solem, p 36. 2. PIEPER, Ibid, p 37. 3. PIEPER, Ibid, p 63. 4. Ibid.

La louange

« La plus haute forme d’accord, le consentement le plus intense, s’exprime à travers la louange, précisément à travers la glorification du créateur de ce monde » Pieper

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